Projet MEMORUST (2026 / 2027)

MEMORUST - Construction, oubli et re-mobilisation des savoirs en santé végétale : une analyse historique du cas de la rouille noire en contexte de transition agroécologique

Le projet MEMORUST explore une facette souvent ignorée de l'agriculture : la trajectoire historique des connaissances. En prenant pour modèle la rouille noire du blé, ce projet interdisciplinaire analyse comment les savoirs se construisent, s'effacent puis se mobilisent à nouveau face aux crises sanitaires émergentes.

Contexte et enjeux

La rouille noire du blé, causée par Puccinia graminis f. sp. tritici (Pgt), réapparaît en Europe après avoir été considérée comme maîtrisée depuis le milieu du XXᵉ siècle. Cette maîtrise reposait sur l’éradication de l’hôte alternant, l’épine-vinette (Berberis vulgaris), et sur l’utilisation de variétés de blé résistantes. 

Aujourd’hui, ces pratiques sont reléguées au second plan, et la mémoire collective des savoirs associés semble s’effacer. Le projet MEMORUST s’inscrit dans ce contexte en dépassant la seule dimension biologique : il explore l’oubli et la (re)mobilisation des connaissances en santé végétale dans un contexte de transition agroécologique et d’incertitude croissante liée aux changements climatiques et aux innovations techniques. L’approche interdisciplinaire articule Histoire rurale et Histoire des sciences, pour comprendre la construction, la transmission et l’oubli des savoirs, et Phytopathologie et Agronomie, pour analyser la perception des (ré)émergences par les acteurs de terrain. 

MEMORUST questionne l’idée d’un progrès cumulatif et définitif en santé végétale et montre que les ruptures environnementales et techniques peuvent révéler des lacunes dans les pratiques et connaissances. Le projet vise à fournir un cadre de réflexion sur la mémoire scientifique et les savoirs collectifs, susceptible d’éclairer la gestion de futures crises phytosanitaires et d’alimenter des stratégies de communication et d’anticipation face aux menaces émergentes.

Objectifs 

« La perte des savoirs est un processus historique qui résulte d’une trajectoire collective multi-acteurs », telle est l’hypothèse centrale de MEMORUST. L’objectif est de recueillir des documents de nature variée (littérature, publications, rapports scientifiques, rapports d’activité, actes réglementaires, enquêtes orales, archives privées du type « carnets de cultures », archives INRAE, etc.) permettant de la valider, puis d’analyser les déterminants de ce processus. Leur analyse doit permettre de reconstruire la trajectoire des savoirs (construction, oubli et (re)mobilisation) et des pratiques de gestion de la rouille noire en France. 

Memorust

Les résultats, envisagés de manière générique, serviront à identifier les actions qui auraient pu limiter la perte de savoirs et qui, appliquées à la situation présente, permettraient de mieux anticiper la re-émergence de la maladie, voire la contrôler : analyse de la situation épidémiologique, préparation des acteurs de terrain, amélioration de la capacité de réponse, etc. 

Un regard critique sera porté sur le préjugé selon lequel l’accroissement des connaissances appliquées aux sciences agronomiques est strictement cumulatif (i.e. sans perte ni oubli), ou que les réponses aux crises en santé végétale s’inscrivent dans une logique de résolution (ou non résolution) pérenne, voire définitive. La rouille noire constitue un exemple pertinent pour retracer la manière dont les connaissances ont été construites, diffusées, mobilisées puis oubliées. Ce cas d’étude permettra de documenter le caractère non strictement incrémental de la trajectoire des savoirs mis en lumière lors d’une période de transition, dans le cas présent à la fois environnementale (changement climatique) et technique (transition agroécologique).

Unités impliquées et partenariat

Département scientifique de rattachementUnité de rechercheChamps d'expertise
SPEUR BIOGERÉpidémiologie végétale, Gestion de bases de données, Phytopathologie

Partenaires

PartenaireUnité de rechercheChamps d'expertise

Université Bordeaux Montaigne

CMECCHistoire contemporaine

CNRS / EHESS

Centre Alexandre-Koyré

Histoire des sciences

Contacts / coordination :